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Honorat Bernard: enquêter sur le dernier pendu des Plaines d’Abraham

  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture
Honorat Bernard: Le dernier pendu des Plaines d'Abraham

Certaines histoires criminelles disparaissent avec le temps. D’autres restent enfouies dans des journaux jaunis, des dossiers d’archives et quelques souvenirs familiaux, jusqu’à ce que quelqu’un décide de reprendre l’enquête.



C’est un peu ce qui s’est produit avec Honorat Bernard : Le dernier pendu des Plaines d’Abraham.


Cette histoire vraie nous ramène à Québec, en 1937, à une époque où la peine de mort existe encore au Canada et où la potence des Plaines d’Abraham fait partie du paysage judiciaire de la capitale.


Mais raconter une affaire criminelle vieille de près de quatre-vingt-dix ans pose une difficulté particulière: les principaux protagonistes ne sont plus là pour répondre aux questions.

Il faut donc travailler autrement.


Retrouver les journaux de l’époque. Consulter les archives. Croiser les témoignages. Reconstituer les liens familiaux. Vérifier les dates. Comparer les versions.


Autrement dit: enquêter.


C’est cette démarche qui se trouve au cœur de la rédaction d’Honorat Bernard : Le dernier pendu des Plaines d’Abraham, un ouvrage de True Crime québécois consacré à une affaire criminelle aujourd’hui largement oubliée de l’histoire de la ville de Québec.


Québec, 1937


Le Québec de 1937 est bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.

La radio gagne les foyers, mais le journal demeure l’une des principales sources d’information. Les procès criminels occupent régulièrement les premières pages et les journalistes suivent presque quotidiennement les grandes affaires judiciaires.


La peine capitale est toujours prévue par la loi canadienne.


À Québec, les condamnés à mort peuvent être exécutés dans l’enceinte de la prison située sur les Plaines d’Abraham, à l’endroit même où se trouve aujourd’hui le secteur du Musée national des beaux-arts du Québec.


C’est dans ce contexte qu’apparaît Honorat Bernard.


Son histoire entraîne le lecteur dans une succession d’événements où se croisent policiers, détenus, témoins, avocats, journalistes et magistrats.


Une affaire qui va progressivement conduire Bernard jusqu’à la potence.


Raconter ce parcours sans le réduire à sa conclusion était l’un des principaux défis du livre.


Une histoire vraie racontée comme une enquête


La méthode utilisée pour écrire ce livre se rapproche davantage d’une enquête documentaire que d’une simple compilation historique.


Lorsqu’un enquêteur travaille sur un dossier, une source unique ne suffit généralement pas.


Un témoin peut se tromper.

Un document peut être incomplet.

Une version peut en contredire une autre.


Il faut comparer.


C’est exactement la logique qui a guidé les recherches consacrées à Honorat Bernard.

Un article de journal peut fournir une heure, un nom ou une déclaration. Un autre journal, publié le lendemain, apporte parfois un détail différent. Un document judiciaire permet ensuite de confirmer certains éléments tandis qu’une archive familiale révèle une information qui n’apparaissait nulle part ailleurs.


Petit à petit, les pièces commencent à s’emboîter.



Les journaux de 1937: suivre l’affaire presque au jour le jour


Les articles de presse publiés en 1937 constituent l’une des principales portes d’entrée vers l’affaire.


Grâce aux collections numérisées de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), il est aujourd’hui possible de replonger dans la couverture médiatique de l’époque.


Les journaux permettent de suivre les événements avec une proximité étonnante.

Arrestations.

Comparutions.

Procès.

Témoignages.

Décisions judiciaires.

Derniers développements.


Mais ces textes doivent être utilisés avec prudence.


Les journalistes de 1937 travaillent rapidement et les informations évoluent parfois d’une édition à l’autre. Certains détails se contredisent. Les titres peuvent être spectaculaires. Une information rapportée au début d’une enquête peut être corrigée quelques jours plus tard.

Il faut donc revenir constamment aux autres sources.


Les archives fédérales des condamnés à mort


La condamnation d’Honorat Bernard a également laissé des traces dans les archives fédérales relatives aux condamnés à mort.


Ces documents permettent d’approcher l’affaire sous un autre angle.


La presse raconte ce que le public pouvait lire.

Les archives administratives montrent plutôt la mécanique institutionnelle entourant une condamnation capitale: correspondance, décisions, procédures et interventions des différentes autorités.


Ce sont parfois des documents froids, rédigés dans un langage administratif.


Mais mis en relation avec les journaux et les autres sources, ils permettent de mieux comprendre ce qui se déroule derrière les portes fermées.


Pour une recherche en histoire criminelle québécoise, cette différence de perspective est précieuse.


Les rapports du coroner


Une affaire criminelle commence souvent bien avant le procès.


Elle commence avec une scène.

Un décès.

Des constatations.

Des témoignages recueillis alors que les événements sont encore récents.


Les documents provenant des enquêtes du coroner permettent de retourner à cette première phase du dossier.


Ils offrent une information différente de celle des journalistes et de celle qui sera éventuellement présentée devant un jury.


Lorsqu’un détail apparaît simultanément dans un rapport officiel, un témoignage judiciaire et plusieurs journaux indépendants, sa valeur documentaire devient évidemment beaucoup plus forte.


C’est tout l’intérêt du croisement des sources.


Retrouver les personnes derrière les noms


Dans une vieille affaire criminelle, les personnages apparaissent souvent dans les archives comme une succession de noms.


Mais chacun possède une histoire.


Pour mieux comprendre certaines personnes qui gravitent autour de l’affaire, des recherches généalogiques ont donc été réalisées, notamment à l’aide du Fonds Drouin.


Actes de naissance, mariages, décès et liens familiaux permettent parfois de résoudre de petites énigmes que les dossiers judiciaires ne permettent pas d’éclaircir.


Deux noms semblables appartiennent-ils à la même personne?

Quel âge avait réellement un témoin?

Où habitait cette famille?

Que devient une personne après le procès?


La généalogie devient alors un véritable outil d’enquête.


Elle permet surtout de redonner une identité plus complète à des personnes que l’histoire avait parfois réduites à quelques lignes dans un journal.


Les sources humaines : lorsque les archives rencontrent la mémoire


Les documents ne racontent pas tout.


C’est pourquoi la recherche a également fait appel à des sources humaines.


Des échanges avec des personnes possédant des informations, des photographies, des documents familiaux ou une connaissance transmise de génération en génération peuvent ouvrir de nouvelles pistes.


Évidemment, la mémoire humaine doit elle aussi être vérifiée.


Un souvenir familial transmis pendant plusieurs décennies n’a pas la même valeur qu’un document rédigé au moment des événements.


Mais lorsqu’un témoignage rejoint les archives, il peut apporter quelque chose qu'aucun dossier administratif ne possède: une dimension humaine.


Et dans un récit de True Crime, cette dimension compte énormément.



Écrire un livre comme on construit un dossier


La rédaction d’Honorat Bernard a donc suivi une logique familière au travail d’enquête.


D'abord, accumuler l'information.


Puis établir une chronologie.

Identifier les contradictions.

Chercher les documents manquants.

Revenir sur une piste lorsqu’un nouvel élément apparaît.

Et surtout, distinguer ce que les sources permettent d’affirmer de ce qui demeure incertain.


Cette méthode est particulièrement importante lorsqu'on écrit sur des personnes ayant réellement existé.


Le but n’est pas de transformer chaque zone d’ombre en certitude pour rendre l’histoire plus spectaculaire.


Il est plutôt de reconstituer les événements aussi fidèlement que possible tout en conservant la force narrative d’un récit.


C’est cette frontière entre enquête historique et narration qui donne sa forme au livre.


Qui était Honorat Bernard?


Répondre complètement à cette question reviendrait évidemment à raconter le livre.


Disons simplement qu’Honorat Bernard est entraîné dans une affaire criminelle qui, en 1937, va mobiliser policiers, tribunaux et journalistes de Québec.


Son parcours croise celui de plusieurs autres personnages, certains aujourd’hui presque complètement oubliés.


L’affaire connaît des rebondissements, des arrestations, des témoignages importants et des procès particulièrement suivis par les journaux.


Au bout de cette histoire se trouve la potence.


Mais le livre ne cherche pas uniquement à raconter comment Honorat Bernard est devenu le dernier homme exécuté sur les Plaines d’Abraham.


Il cherche surtout à comprendre ce qui l’y a conduit.


Qui étaient les personnes impliquées?

Que s’est-il réellement passé?

Comment l’enquête policière s’est-elle construite?

Quelle preuve la Couronne a-t-elle présentée?

Que disent les témoins?

Et que permettent aujourd’hui de comprendre les archives?


Ce sont ces questions qui structurent le récit.


Une page méconnue de l’histoire de Québec


C'est aussi ce qui rend cette affaire particulièrement fascinante: elle appartient directement à l'histoire de la ville de Québec.


Certains des lieux dont il est question existent encore.

D'autres ont complètement changé.

Et un endroit aujourd'hui associé à la culture et aux promenades sur les Plaines d'Abraham fut autrefois lié à l'une des réalités les plus sombres du système judiciaire canadien: l'exécution des condamnés à mort.


Cette proximité transforme notre manière de regarder l'histoire.


Nous ne sommes pas devant un crime commis dans une ville lointaine ou dans un pays étranger.


Nous sommes à Québec.

Dans des rues que nous pouvons encore parcourir.


Le True Crime comme travail de mémoire


Le True Crime québécois ne se limite pas aux crimes contemporains.


Les archives du Québec contiennent des milliers d'histoires qui permettent de comprendre une époque, ses institutions, sa police, ses tribunaux et sa conception de la justice.


Certaines de ces affaires ont autrefois occupé les premières pages des journaux avant de disparaître presque complètement de la mémoire collective.


Revenir sur elles permet de faire davantage que raconter un crime.


Cela permet de retrouver des personnes.

De comprendre leur époque.

Et parfois de découvrir qu'une histoire que l'on croyait simple était beaucoup plus complexe.


C'est dans cet esprit qu'a été conçu Honorat Bernard: Le dernier pendu des Plaines d'Abraham.


Une histoire vraie.

Une enquête historique.

Et une plongée dans l'une des pages les plus sombres et les plus méconnues de l'histoire judiciaire de Québec.


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Éditions TBL est une maison d'édition indépendante québécoise dédiée à la littérature noire et aux récits d'enquêtes policières qui marquent les esprits.
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